Histoire de l'église Saint-Quentin à Halloy-les-Pernois
En 1875 le conseil municipal décide de construire une nouvelle église sur l’emplacement de l’ancienne, construite entièrement en briques dans le style du XIIIème siècle.
L’édifice est de plan fort simple, formé d’un unique vaisseau de nef et de chœur, prolongé d’un sanctuaire moins élevé, amorti sur un chevet polygonal. Le clocher est assis sur la première travée de la nef. Une sacristie annexe le choeur au Sud, sur deux travées.
La nef à vaisseau unique est recouverte d’une voute en arc brisé et habillée d’un lambris de bois.
Une suite de 5 colonnes de fonte de fer sommées de chapiteaux portent la voute.
Ce dispositif architectonique est tout à fait remarquable et atteste de la part du maître d’œuvre une bonne maîtrise de l’architecture gothique, qu’il a su moderniser par l’emploi de matériaux nouveaux, la fonte de fer, tout en conservant l’esprit de l’art gothique du XIIIe siècle. L’église d’Halloy les Pernois constitue un bel et rare exemple, au sein du département de la Somme, du gothique moderne si bien imaginé et analysé par Viollet-le-Duc.
Description de la nouvelle église
La nouvelle église est construite entièrement en briques, dans le style du XIIIème siècle.
Il s’agit d’un édifice plutôt spacieux : 32 mètres de long au total, dont 23 mètres pour la nef et 7 mètres pour le choeur. La largeur de la nef est de 7 mètres, le choeur étant de moindre largeur.
La Nef
La nef est à vaisseau unique, recouvert d’une voûte en arc brisé faiblement surhaussé et habillée d’un lambris de bois, agencé à l’horizontal.
Vous y trouverez une suite de 5 colonnes de fonte de fer, détachées des murs latéraux et sommées de chapiteaux à décor floral ; la porte, déterminant six travées séparées chacune par un arc doubleau.
La voute repose, quant à elle, sur une corniche saillante formant une sablière, ce qui est renforcé l’impression de légèreté.
Des tirants en fer sont tendus entre les deux murs latéraux.
Le Choeur
Le choeur à cinq pans, moins large que la nef, est couvert d’une croisée d’ogives à six pans qui viennent dans le prolongement de la voûte de la nef.
La croisée d’ogive du choeur est portée par quatre colonnes similaires à celles de la nef et réunies en hauteur par une corniche épousant les cinq pans du choeur.
Cette croisée d’ogives est lambrissée à l’instar de la nef.
Ce dispositif architectonique est tout à fait remarquable et atteste de la part du maître d’œuvre une bonne maîtrise de l’architecture gothique, qu’il a su moderniser par l’emploi de matériaux nouveaux, la fonte de fer, tout en conservant l’esprit de l’art gothique du XIIIème siècle.
L’église d’Halloy les Pernois constitue un bel et rare exemple, au sein du département de la Somme, du gothique moderne si bien imaginé et analysé par Viollet -le-Duc.
L'espace intérieur
L’espace intérieur retient l’attention par sa belle conception d’ensemble : « grand dans sa simplicité, léger et élégant tout en étant d’une solidité à toute épreuve » ainsi que le notait un témoin dans le Dimanche, semaine religieuse du diocèse d’Amiens (du 26 septembre 1880, n°483, p. 254 et 255).
Cet espace intérieur bénéficie d’une grande clarté donnée par un ensemble de 17 hautes baies en arc brisé, à savoir 12 baies pour la nef et 5 pour le chœur.
Maître autel
L’église accueille un maître-autel en bois de chêne comportant notamment un retable en bois ajouré et encadrant un dais architecturé que surmonte une haute flèche, elle aussi ajourée.
Dans la niche, est placée une statue polychrome de Jésus au Sacré-Cœur. L’ensemble, de grandes dimensions, est assez conventionnelle, reflétant le goût et la spiritualité de l’époque ; il est proche par son style, des ouvrages sortant des ateliers buisines de Lille avec lesquelles Henri Louis Antoine avait l’habitude de travailler.
À noter les deux hôtels latéraux, dont celui de droite dédié à Saint-Joseph, d’un style XVIIIe siècle, semble provenir de l’ancienne église.
Dotation mobilière
La dotation immobilière est de bon niveau avec 5 objets protégés par les Monuments Historiques entre 1979 et 2003
Le premier tableau se trouve dans la travée correspondant à l’assise du clocher, où ont été installés les fonts baptismaux à droite, le confessionnal à gauche. Le tableau de droite se trouve entre le Chœur et la chaire.
L’église conserve une intéressante statue polychrome en bois représentant Saint-Quentin, patron de la paroisse.
Elle porte, gravée dans le bois sur le côté gauche, la date de 1656 et plus bas l’inscription « restaurée par Dufour Dolin ? Peintre à Amiens.
Hyacinthe Dusevel a rédigé en 1868 une note sur cette statue et deux autres statues en bois du XVIè siècle, toutes trois alors conservées dans l’église du village (cf Bulletin de la Réunion des sociétés savantes des départements, table, 1868, table p.495)
Il convient de mentionner le chemin de Croix, qui, remis en place dans la nouvelle église en 1884, se trouvait déjà dans l’ancienne, ayant été alors offert par une famille du village (cf le Dimanche, semaine religieuse du diocèse d’Amiens du 4 mai 1884, n°671, p.356)
L'orgue
L’orgue, instrument de qualité, a été béni et inauguré le 28 août 1887 (cf. Le Dimanche, semaine religieuse du diocèse d’Amiens, du 31 août 1887, n°843, p.163).
Cet orgue avait été livré par la maison Adrien Van Bever Frères, facteur d’orgue, qui avait ouvert une succursale à Amiens.
Les vitraux
L’église Saint Quentin de Halloy-lès-Pernois comporte par ailleurs un ensemble de 17 verrières conçues selon le même parti ornemental, à savoir un décor géométrique de rosace entre mêlées sur un fond de motifs végétaux, au milieu duquel est placé un médaillon en forme de mandorle avec une figure debout (un Saint ou un apôtre ou une scène religieuse).
Si aucune signature n’a pu être relevée sur ces vitraux, leur unité de style et de conception conduit à penser qu’ils ont été réalisés par le même atelier. Par ailleurs, ce décor paraît procéder d’un programme iconographique décidé à l’avance, tandis que les dates figurant sur chaque verrière laissent à penser, dans la mesure où elles sont antérieures à la date de fin de travaux, qu’elles ont été financées au préalable sans attendre l’ouverture de la nouvelle église.
Cet ensemble vitré présente au surplus un intérêt au plan de l’histoire locale, en ce qui sont mentionnés les noms des donateurs et les dates afférentes à ces dons.
L'extérieur de l'église
L’extérieur de l’église est plus conventionnel et reprend la physionomie de l’église ancienne, dont les fondations ont été vraisemblablement reprises en grande partie : le clocher est ainsi une tour carrée qui s’élève à l’aplomb de la façade pignon et repose sur une partie de la toiture à double pan ; Deux contreforts, viennent l’étayer, et encadrent en partie basse, le portail à double voussure reposant sur 2 colonnettes en pierre, dont le tympan est percé d’une trilobe équipée de vitraux.
De chaque côté de la tour est ménagée une baie en arc brisé. La tour haute de deux étages présentant un décor d’arcatures, est couronnée d’un haut beffroi quadrangulaire et percé sur chaque côté de deux baies géminées à office d’ouïes ; il est surmonté d’une flèche octogonale recouverte d’ardoise et cantonnée de quatre lucarnes ; l’ensemble est élégant sans se démarquer des réalisations contemporaines d’alors.
Les façades latérales et le chevet sont rythmés par des contreforts à deux larmiers que l’on retrouve aux angles de la façade pignon les bordures des baies ; le portail et les larmiers en pierres blanches égaient sans originalité ces façades.
L'architecte
L’architecte de l’église Saint Quentin est Henri Louis Antoine, (Lunéville, 13 octobre 1820 – Amiens, 22 janvier 1900) ; lorrain, issu d’une famille d’architectes actifs sur Lunéville, il est parti à Paris vers 1839 ; il prépare sous la direction de Vaudoyer fils le concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts de Paris ; il y est admis en 1840 et achève sa scolarité en 1846, pour s’installer à Amiens, comme architecte de la compagnie des chemins de fer du Nord ; il y dirige les travaux de construction de la gare, sous la direction de l’architecte de la compagnie Armand. Il est rapidement nommé architecte de la compagnie de chemin de fer de Boulogne et édifie les gares de Rue, Montreuil, Étaples et Boulogne. Il accepte en 1850 les fonctions d’architecte de la ville d’Amiens, où il est chargé de l’extension de la mairie d’Amiens. Il en démissionne en 1856, n’ayant pas accepté de voir rejeté son projet pour les églises Saint Honoré et Saint Pierre, présenté dans le cadre du concours alors ouvert par la Ville d’Amiens. Son projet était d’inspiration néoclassique, bien que le style du XIII° siècle ait été recommandé par l’évêque d’Amiens dans le règlement du concours.
Il poursuit dans le même temps une activité d’architecte libéral, à la faveur de laquelle il réalisait nombre de châteaux, (Montigny-sur-l’Hallue (1862), Flixecourt, château Hesse (1870), et d’hôtels particuliers, (Hôtel de Staplande, Hôtel de Landreville, (devenu Hôtel de Berny), Hôtel de Nampty).
Nommé architecte de l’arrondissement de Doullens, dont son épouse est originaire, il édifie nombre de mairies-écoles, dans un style utilitaire d’inspiration néo-classique : ainsi les mairies de Bernaville, Bonneville, Beauval, Fieffes, Montrelet, L’Étoile, Canaples, Grouches, Canaples, … Il agence en écoles le vieil hôtel de ville de Doullens.
Catholique fervent, il sera aussi un architecte religieux, construisant ou restaurant de nombreuses églises où il privilégie finalement le style ogival. On peut citer l’église Saint Martin de Baizieux, l’église Saint Germain l’Écossais d’Amiens, qu’il restaure entièrement, l’église Saint Pierre d’Étinehem, l’église Saint Hilaire de Contay, qu’il restaure, l’église Saint Martin d’Amiens, l’église Saint André d’Occoches, l’église Saint Médard de Longueau, l’église Saint Martin de Pont-Noyelles, des chapelles castrales à Fransu et Ribeaucourt, des couvents, dont la chapelle des dames de Louvencourt à Doullens…
Il pratique au départ un « gothique » soucieux de fidélité archéologique, comme pour les églises Saint Germain et Saint Martin. Il s’en affranchit, dans des réalisations moins emblématiques au plan local, pour adopter un style plus libre et dépouillé, privilégiant un décor néo-gothique, dans un cadre architectural devenu conventionnel ; il se montre d’ailleurs parfois mal à l’aise et emprunté dans la restauration d’édifices anciens, comme pour la restauration de l’église Saint Martin de Pont-Noyelles.
Avec l’église d’Halloy-lès-Pernois, qui doit être construite avec un budget limité, Henri-Louis Antoine se révèle à la fois plus audacieux dans le recours notamment aux colonnes de fonte de fer, et plus libre dans la conception d’un espace intérieur unissant lumière et volume dans un jeu de lignes largement simplifié.
Relativement tardive dans l’œuvre de Louis Henri Antoine, l’église Saint Quentin de Halloy-lès-Pernois apparaît comme une réalisation tout à fait originale et novatrice, tout en s’inscrivant dans le style gothique, dont il était un parfait connaisseur, pour parvenir à l’émergence d’un style dit gothique moderne, tel que souhaité par Viollet-le-Duc.
Extrait du bilan sanitaire
Le conseil municipal d’Halloy les Pernois a mandaté en 2023 un Architecte du Patrimoine, M. Pascal Brassart, pour effectuer un bilan sanitaire de l’église d’Halloy les Pernois.
Une proposition de mission a été présentée à la mairie d’Halloy-les-Pernois le 24 mai 2024.
En janvier 2025, des relevés photographiques ont été effectués par drone par le cabinet d’architecture Thibault. Après expertise approfondie sur le site, l’Architecte du Patrimoine a remis le 11 août 2025 son pré-rapport relatif à l’état sanitaire de l’église avec spécifications des travaux de restauration à engager.
L’état sanitaire des couvertures est conduit au rang de disposition critique, car la vétusté de certains ouvrages entraînera des dégradations sévères à court terme. Le pré-rapport recommande de refaire les couvertures du clocher, du chœur et de la sacristie.
La couverture de la sacristie est moribonde : lacunes et voies d’eau, vitre manquante du châssis de toit ; le plafond est ruiné, une poutre de la charpente est pourrie.
Des travaux sont à prévoir très prochainement sur la couverture du chœur qui est en mauvais état ; le faîtage et les arêtiers sont lacunaires. De nombreuses voies d’eau sont visibles depuis les combles.
La couverture du clocher a atteint sa limite d’utilisation et appelle une réfection. De nombreux mouvements d’ardoises sont observés, ainsi que des lacunes.
Les multiples traces de voies d’eau et taches sur le couvrement de la tribune démontrent que des réparations de charpentes seront aussi à prévoir. Les lucarnes en bois sont en très mauvais état et sont également à remplacer ; les abats-sons sont lacunaires et en état de ruine (à déposer avant chutes sur l’espace public).
-------- Les travaux préalables à réaliser d'urgence --------
Avant d’entreprendre les travaux de réfection des couvertures (clocher, chœur, sacristie), il importe d’effectuer la sécurisation et l’assainissement de l’église.
1. Béance verticale entre le contrefort et la troisième travée de l’élévation Nord de la nef.
Il conviendra de calfeutrer les fissures au mortier de ciment ou avec des témoins en plâtre. Cela permettra de vérifier si l’édifice est bien stabilisé.
Le clocher s’est légèrement enfoncé vers le Nord-Ouest (basculement de la partie occidentale de l’édifice). Cette désorganisation pourrait résulter d’un défaut de dimensionnement des fondations, ou d’un tassement différentiel des sols.
D’où l’apparition de fissures côté Nord, entre la nef et le clocher. Ce phénomène est classique dans beaucoup d’église construites fin 19ème siècle.
2. Le clocher a subi une colonisation par les pigeons bisets.
Grâce aux dons recueillis lors du concert le 15 novembre 2025, une intervention a été faite en février 2O26 visant à fermer les ouvertures des lucarnes du clocher par lesquelles parvenaient à entrer les pigeons. Il reste maintenant :
– Nettoyer le beffroi
– Salissures des intérieurs et des toitures (fientes, plumes, cadavres)
– Obstruction des gouttières et conduits d’aération
– Rétention d’humidité dans les amas de fientes sur les planchers du beffroi, sur les cloches etc.
– Surcharge des planchers (un pigeon produit 12 kg de fientes par an) ; plus d’une centaine de pigeons avaient colonisé le clocher
3. Curage des gouttières
La présence de végétaux dans les gouttières est favorisée par les graines qu’apportent les pigeons et le substrat que forment les fientes.
4. Diagnostic parasitaire
Il est observé une attaque parasitaire sur les mobiliers et la charpente du beffroi. Afin de connaître l’étendue de la colonisation, un diagnostic doit être réalisé par un prestataire spécialisé.
Les travaux préalables à réaliser d'urgence
Avant d’entreprendre les travaux de réfection des couvertures (clocher, chœur, sacristie), il importe d’effectuer la sécurisation et l’assainissement de l’église.
1. Le clocher subit une colonisation par les pigeons bisets. Cet envahissement provoque des dégradations multiples :
– Salissures des façades, des intérieurs et des toitures (fientes, plumes, cadavres)
– Obstruction des gouttières et conduits d’aération
– Rétention d’humidité dans les amas de fientes sur les planchers du beffroi, sur les cloches etc.
– Surcharge des planchers (un pigeon produit 12 kg de fientes par an) ; actuellement plus d’une centaine de pigeons ont colonisé le clocher
2. Curage des gouttières
La présence de végétaux dans les gouttières est favorisée par les graines qu’apportent les pigeons et le substrat que forment les fientes.
3. Diagnostic parasitaire
Il est observé une attaque parasitaire sur les mobiliers et la charpente du beffroi. Afin de connaître l’étendue de la colonisation, un diagnostic doit être réalisé par un prestataire spécialisé.













